Questions à : Ella Kowalska

Ce mois-ci, rencontre avec Ella Kowalska, photographe, réalisatrice et aussi fondatrice de Street is a woman, un collectif de plus de 200 femmes photographes de rue, réparties sur le territoire français.
1 Peux-tu te présenter rapidement ?

Diplômée en droit et histoire de l’art, j’ai d’abord été réalisatrice de cinéma — mon premier long métrage, Sun, est sorti en salles en 2019 — avant de devenir photographe. Mon travail a depuis remporté plusieurs prix et a été montré dans de nombreuses expositions collectives à travers le monde. En janvier 2024, j’ai fondé Street is a woman, un collectif de plus de 200 femmes photographes de rue, réparties sur le territoire français.

Au croisement du documentaire, de l’art contemporain et de la street photography, mes photographies explorent la ville pour en dévoiler les couches, les tensions, les rythmes. Je m’intéresse tout particulièrement aux dynamiques sociales qui structurent les espaces périphériques : qui est vu, qui est oublié, qui devient transparent ? En affirmant les présences, mes projets reflètent le monde tout en invitant à en créer un autre, à la recherche du juste équilibre entre réalisme et fantaisie. Particulièrement sensible aux couleurs, aux matières et aux sons qui donnent sa texture au réel, je suis ainsi à la quête d’une forme de « réalité augmentée » capable de raconter notre modernité.

2 Depuis quand fais-tu de la photo ? Et comment as-tu commencé ?

Je fais de la photo depuis toujours. J’ai reçu mon premier boîtier à 10 ans, mais mon rapport à la photographie s’est construit en différentes étapes. J’ai commencé à faire des photos plus librement en voyage une fois que j’ai eu mon premier boîtier numérique — pouvoir cliquer sans penser au fait que la pellicule défilait a été une véritable libération pour moi. J’ai donc fait un peu de photo de voyage – notamment de la street photo.

Mais le vrai gros déclic est arrivé au moment de la sortie de mon long métrage au cinéma. Finalement, avoir fait un si gros projet m’a fait comprendre que je pouvais aussi envisager la photographie comme une pratique artistique à part entière. J’ai fait une petite formation aux Gobelins, pour revenir aux fondamentaux de l’image, et mon aventure a commencé !

3 Comment décris-tu ton style de photos ?

Structuré et narratif.

Structuré parce que j’aime beaucoup cadrer, construire l’espace de l’image, définir ce qui va entrer dans mon rectangle — je pense que c’est sans doute la partie que je préfère dans la photo. Et narratif parce que j’aime que chaque élément présent dans le cadre ait une fonction dans le récit, que la composition dans son ensemble produise du sens.

Ce qui définit aussi ma photo, c’est la couleur, souvent dans des tonalités et des températures bleues, et une texture assez rugueuse en noir et blanc. J’aime que la forme et le fond travaillent ensemble, que la manière dont l’image est retravaillée en post production participe aussi à ce qu’elle raconte.

4 Argentique ou numérique ? Quel(s) boîtier(s) ?

Numérique. Fujifilm X-E4, objectif 16-80 mm — comme ça j’ai « tous les objectifs ».

J’aime la polyvalence de cette configuration : elle me permet de passer rapidement d’une distance à une autre sans avoir à penser au matériel, et de rester concentrée sur ce qui se passe devant moi.

5 Quels sont tes projets en cours ou futurs ?

Je fais toujours de la photo de rue à Paris, mais j’ai plusieurs projets documentaires spécifiquement dans mon quartier — Porte de la Chapelle, qui a une place constante dans mon cœur. Je souhaite mettre mon chez-moi en lumière. Je photographie les jeunes gens, les parties de foot, les tournages de clips…

Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est de regarder cet endroit depuis l’intérieur, au-delà des représentations habituelles qui lui sont associées, et de construire au fil du temps une image plus complexe de ce territoire et de celles et ceux qui l’habitent.

Je souhaite aussi mettre en place deux projets documentaires dans mon deuxième chez-moi — en Pologne. Là aussi, il s’agit de travailler à partir d’un territoire que je connais intimement, mais que je peux regarder avec la distance de la photographie.

En parallèle de mes projets personnels, j’ai aussi les projets de Street is a Woman, et notamment un livre. Ce projet prolonge d’une autre manière mon travail autour de la photographie, en interrogeant non seulement les images produites par les femmes, mais aussi la place qu’elles occupent dans l’histoire et la pratique de la street photography.

6- Un.e photographe coup de cœur

Nan Goldin, Mary Ellen Mark, Vivian Maier…
Et toutes les femmes de Street is a Woman ! Allez faire un tour sur streetisawoman.com : vous y trouverez plus de 80 profils et portfolios, tous plus passionnants les uns que les autres !

7 Un petit conseil à donner à toute personne qui aimerait se lancer dans la photo ?

Ne pas hésiter et suivre ses envies et ses idées, sans chercher trop vite à entrer dans une définition de ce qu’on devrait photographier ou de la manière dont on devrait le faire. Et pour pouvoir faire ça à sa guise, apprendre petit à petit les bases techniques de la photographie. La technique est un outil : elle permet ensuite de donner davantage de liberté à ce qu’on a envie de créer.

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