1 — Peux-tu te présenter rapidement ?
Je suis un peu un ovni je crois, mais je pense aussi qu’on est beaucoup dans ce cas de figure. Je suis juriste à la base, et techniquement toujours, j’aurai voulu travailler dans le pénal ou dans le droit de la famille, deux spécialités difficiles psychologiquement, mais passionnantes et très humaines. Je m’y retrouve en photo, j’essaye de me connecter à l’humain à travers la photo, aux émotions, chose dont on manque je trouve ces derniers temps, la connexion humaine.
2- Depuis quand fais-tu de la photo ? et comment as-tu commencé ?
Cette phrase est très clichée, mais depuis que je suis toute petite. J’ai commencé parce que je voyais des gens disparaître et je me disais qu’en les prenant en photo ou en les filmant, ils seraient toujours là. Je m’en remercie aujourd’hui parce que je peux les (re)garder en photo. De manière un peu plus sérieuse je dirai 5 ans, pour échapper à l’ennui de la vie, et de manière plus sérieuse, en regardant des vidéos, en me cultivant à travers des livres et en osant plus, en testant plus de techniques, je dirai un an.
3- Comment décris-tu ton style de photos ?
J’aime à penser qu’on peut le décrire comme un regard humain empreint de poésie. J’ai déjà fait l’exercice par curiosité de demander aux gens que je connaissais ou à des inconnus, ce qui ressortait comme mots en regardant mes photos, et les mots « humain » et poésie » ressortaient souvent. Je n’ai pas choisi ces mots par hasard, j’essaye de me centrer sur l’humain, le temps qui passe et j’y trouve une certaine poésie presque naturelle.
4- Argentique ou numérique ? Quel(s) boitier(s) ?
J’ai longtemps voulu commencer l’argentique, par peur de la pratique souvent décrite comme très complexe, et je n’ai commencé qu’en février 2026, partant pour mon premier reportage sur le terrain à l’étranger, je ne me voyais pas le faire en digital, alors j’ai testé une semaine avant de partir, et espéré ne pas cramer ma pellicule. J’utilise désormais le numérique au second plan, surtout en vidéo ou pour doubler mes pellicules sur des projets importants pour éviter une perte. Mon argentique est tout ce qui a de plus classique, un Olympus M10 d’occasion. Mon numérique est un Sony Alpha IV 7.
5- Quels sont tes projets en cours ou futurs ?
Mes projets en cours sont de continuer mon reportage commencé au Caire sur l’excision en France dans le milieu hospitalier. Je travaille aussi sur un reportage au sein d’une maison des femmes à Paris qui travaille à aider à les faire rentrer à nouveau dans le monde du travail et à retrouver une maison lorsqu’elles sont des situations familiales dangereuses. Je travaille aussi sur un livre qui mêle des poésies que j’écris et des photos prises en Egypte afin de présenter une Egypte que l’on ne voit que très peu, pour ne pas dire jamais. A côté de cela, je travaille aussi sur un reportage d’enquête sur certains établissements publics à Paris avec au coeur, la question de la défaillance des adultes et la conséquence sur les enfants.
6- Un.e photographe coup de coeur
Laurin Strele. Son travail rejoint l’humain qui me tient à coeur. Un exemple très parlant, est son travail sur l’homme tourné en objet « Tutto Passa » que vous avez probablement déjà vu partout. Aucun photographe n’a pris la peine de parler avec lui, tous ont pris une photo, et sont partis.
Laurin a pris le temps d’échanger avec lui et de lui rendre sa condition humaine trop souvent effacée pour « faire du clic ». Son travail en Afghanistan est aussi remarquable. Je pourrais en citer beaucoup, mais ceux qui photographient avec un échange humain sont pour moi ceux qui se rapprochent le plus d’une pratique ancrée dans le réel, ce sont souvent des photojournalistes, alors qu’en réalité, les photographes devraient faire ce travail de l’échange oral, qui se retrace dans la photographie.
7- Un petit conseil à donner à toute personne qui aimerait se lancer dans la photo ?
Tentez. Essayez. Lancez-vous. Prenez la peur avec vous et sautez avec. Au pire, vous vous casserez le pied, mais ça se répare. Il vaut mieux essayer, et savoir que vous avez tout fait pour, plutôt que de vivre avec les regrets de savoir que vous n’êtes jamais allé au bout. Lisez, allez aux expositions, regardez des vidéos, entourez vous d’artistes. Dites oui. Si vous n’avez pas le budget, il y a des bibliothèques, les vernissages sont gratuits et vous donnent accès à un échange avec les artistes.
N’ayez pas peur de ne pas savoir, ne pas savoir est une bonne chose, cela veut dire que vous avez une marge d’évolution et d’apprentissage. Mieux, continuez de penser que vous ne savez pas, vous continuerez d’apprendre. Entourez-vous de gens bienveillants et qui croient en vous, sur le long terme, c’est quelque chose qui compte vraiment.
L’appareil ne fait pas le photographe, j’ai commencé avec un vieux Pentax K5 sans rien comprendre et je suis passé à un Sony 3 ans plus tard, et je me remercie de ne pas avoir fait l’inverse. Commencez par galérer avec un appareil qui ne coûte rien, vous appendrez bien plus vite. La netteté ne fait pas une photo réussie, l’émotion qui transparaît de la photo le fait, un exemple de photographe en ce sens : @feurtado_
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