1 — Peux-tu te présenter rapidement ?
Je m’appelle Delphine. Je travaille dans la recherche contre le cancer et, à côté, je suis photographe auteure et chasseuse de lumière entre deux trottoirs parisiens.
J’aime photographier la rue, ce théâtre à ciel ouvert où les acteurs ne savent même pas qu’ils jouent.
Mon terrain de jeu principal, c’est Paris à l’heure du déjeuner, d’où mon compte Instagram @midday_in_paris. À ce moment précis, on sent l’effervescence de la ville, les parisiens et travailleurs sortent, tout le monde marche vite et avec un peu de chance la lumière transforme une scène banale en moment ordinairement extraordinaire.
2 — Depuis quand fais-tu de la photo ? Comment as-tu commencé ?
J’ai commencé avec un téléphone, j’ai comparé les appareils photos avant d’en acheter un. Au début je ne savais pas utiliser l’appareil donc je sortais peu avec car c’était frustrant de louper la plupart des photos. Puis, j’ai appris les réglages seule, pas à pas.
J’ai pratiqué encore et encore et énormément regardé de photographie française et internationale (dans des lieux d’exposition ou dans des livres).
Aujourd’hui je peux prendre en main un nouvel appareil et le comprendre en quelques minutes, j’ai même réalisé plusieurs tests professionnels, en vidéo ou à l’écrit, pour des marques et des boutiques photo.
Petit à petit, j’ai compris que ce qui m’intéressait vraiment, c’était l’humain et la relation entre les personnes et la ville. Depuis, je marche beaucoup : officiellement pour faire des photos, officieusement pour découvrir des cafés parisiens et parler avec les personnes que je croise.
3 — Comment décrirais-tu ton style ?
Je dirais : de la photographie de rue intuitive, mais aussi de la photographie intime et auteure, pensé sur la durée.
J’aime les scènes intéressantes, les images qui surprennent, interrogent, étonnent, et donnent envie de revenir dessus : un bon timing, un rayon de lumière qui tombe au bon endroit (quand il y en a), une silhouette qui traverse le cadre au bon endroit, un détail absurde, un élément là où on ne l’attend pas.
J’essaie surtout de capter les micro-histoires de la rue : ces scènes que tout le monde voit, mais que personne ne regarde vraiment.
4 — Argentique ou numérique ? Quel(s) boîtier(s) ?
Numérique la plupart du temps pour une raison très simple : la rue va vite, et j’aime bien savoir si j’ai complètement raté ma photo immédiatement plutôt que de découvrir une pellicule complètement ratée.
Mais j’ai aussi un faible pour l’argentique, surtout pour le grain, le plaisir de la révélation après l’attente, pour un projet plus réfléchi, sur la durée, pour ralentir le rythme.
C’est un peu comme une série Netflix : on ne sait jamais vraiment si la fin sera géniale ou catastrophique.
En numérique : Leica Q3 et Leica M240.
En argentique : Ricoh GR1V, Yashica et Rolleiflex 4×4 et 6×6.
5 — Quels sont tes projets en cours ou futurs ?
Continuer à explorer Paris, car j’ai la sensation qu’on peut y marcher toute sa vie sans jamais en faire totalement le tour.
En 2026, cinq expositions sont en cours ou prévues (personnelles et collectives).
Je développe aussi plusieurs séries, dont « Flore Vagabonde », déjà montré dans des festivals, un projet collectif de livre sur l’année, des accompagnements pour un collectif de femmes photographes, et mon livre « La veilleuse » (Lucile) qui devrait sortir cette année.
Et puis, comme tous les photographes, j’ai aussi ce projet très ambitieux : faire encore plus de photos, et trier encore moins vite. 😀
6 — Un·e photographe coup de cœur ?
Impossible d’en choisir un seul.
Mais j’admire beaucoup les photographes capables de transformer une scène ordinaire en moment presque magique, en poésie du quotidien. Que ce soit une scène de rue, ou une scène familiale. Pour en citer deux qui le font à merveille : Vivian Maier et Rinko Kawauchi.
Et puis il y a ceux qui arrivent à déclencher exactement au bon moment, on est d’accord que ça relève de la sorcellerie.
En dehors de la photographie de rue, ma pratique s’inscrit dans la veine des courants photographiques japonais.
Et je découvre souvent une sensibilité singulière chez de nombreuses photographes encore trop peu reconnues, malgré un talent immense.
7 — Un conseil pour quelqu’un qui veut se lancer ?
Sortir. Marcher. Regarder.
S’ouvrir au monde, chercher son flow, être focus, avoir une vision 360 degrés et oser.
La technique compte, bien sûr, les codes aussi, mais la chose la plus importante est la curiosité et l’envie.
Et surtout : ne pas attendre la photo parfaite.
Elle n’existe pas, à part dans notre tête.
Par contre, les photos imparfaites mais pleines de vie il y en a partout, tous les jours, à chaque coin de rue.




